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Presque Moi

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Gourmandises et billets d'humeur, à Londres ou ailleurs

Bonus des traders : comment arrêter la supercherie ?

J'inaugure aujourd'hui une nouvelle catégorie, la revue de blog. Seront rassemblés ici des articles qui, par exemple, ont attiré mon attention par les solutions qu'ils proposent, les thèses qu'ils développent ou les bons plans qu'ils partagent. On commence avec un sujet brûlant, les bonus des traders.

REUTERS/BENOIT TESSIER

Ci-dessous l'analyse de Geoges Ugueux, du blog Démystifier la finance (on pourrait dire aussi démythifier...).

"Le débat sur le bonus des traders est loin d’être terminé. Il faut le distinguer des bonus des dirigeants dans la mesure où il est basé sur un « pool » distinct qui permet de les rémunérer séparément. Je vais tenter d’expliquer où se trouve la supercherie.

Au départ, les banques d’affaires n’étaient pas actives dans le trading des actions et des obligations comme elles le sont maintenant. Lorsque j’ai rejoint Morgan Stanley en 1985, les résultats et les activités de la firme provenaient de la garantie de bonne fin et du placement de titres (« underwriting »), de l’activité de conseil aux grandes entreprises et gouvernements et des fusions et acquisitions… Nous avons célébré la première année où la firme a atteint $ 100 millions de bénéfices. Les bonus étaient repartis entre partenaires et employés de manière conviviale et à des niveaux qui n’ont rien à voir avec les  niveaux actuels (même en tenant compte de l’inflation).

C’est à la fin des années ‘80 que tout a changé : l’activité de trading est devenue  indispensable à celle d’underwriting et les banques établirent aux Etats-Unis et a travers le monde les gigantesques « machines » de trading que nous connaissons. Elles se sont également cédées à des banques commerciales ou mises en bourse parce que ces activités exigeaient des fonds propres importants.

Mais les traders, qui sont des gens malins, ont réussi à faire se perpétuer un mode de rémunération basé sur les revenus de leur activité, imitant le mode de rémunération  des banquiers d’affaires qui, eux travaillent sur base de commissions.

C’est là que se situe la supercherie maintenue solidement par les patrons de Wall Street qui sont à peu près tous d’anciens traders. En effet, dans une activité de fusions et acquisitions par exemple, il n’y a aucune utilisation de fonds propres. Les commissions sont payées sans risque qui se perpétue. Dans les activités de trading les fonds propres sont importants : les traders ne finissent pas la journée sans avoir sur leur bilan des « positions » de dizaines, voire de centaines de milliards de dollars.

La solution est donc évidente. Cessons de rémunérer les traders sur leurs revenus. Rétablissons la réalité économique : enlevons de la rémunération le coût de la consommation de fonds propres de cette activité. Dans la plupart des cas, cela diminuerait de prés de 50% la base de référence. Mais surtout, appliquons un coefficient de fonds propres qui tienne compte des risques pris. De toute manière, la banque doit « réserver » des fonds propres en fonction de la qualité des risques. Donc, le trader fera moins de profit au fur et à mesure que ses positions perdent de leur qualité. Cela rencontrerait le souhait du G20 de faire en sorte que soient bannies les rémunérations qui sont de nature a engendrer un risque systémique.

Pour prendre un exemple schématique, si le portefeuille de trading est principalement composé de « junk bonds » et autres actifs toxiques, les revenus seraient amputés d’un coût de fonds propres qui serait un multiple d’une position semblable en bons du Trésor. Cela aurait un effet vertueux, celui de faire réfléchir les traders aux risques qu’ils prennent ou font prendre.

En d’autres termes, les responsables de trading qui dirigent les grandes firmes continuent à payer leurs traders sans ajuster ces paiements par rapport aux fonds propres utilisés, et ceux-ci par rapport aux risques.

J’ai posé la question publiquement à un « conseiller en rémunérations »  de grandes banques  qui a reconnu que le raisonnement était rigoureusement exact, mais que « c’était le marché qui dicte cette structure ». Ce marché-la est déterminé par les…traders eux-mêmes. Les dirigeants de banques ne demanderaient pas mieux de voir ces pratiques abusives se terminer. Mais, compte tenu de la concurrence, seule une règlementation y parviendra.

Si ce système n’est pas remis en question, la prochaine crise financière n’est pas loin. Les traders ne s’occupent que de leurs rémunérations, ne sont pas concernés par le risque qu’ils assument, et moins encore les risques qu’il font prendre a leur firme… Pas étonnant que nous en soyons arrivés a une explosion de cette bulle…"

L'article est disponible . A vos commentaires!
  

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MC 14/08/2009 13:21

Bon ben moi qui n'y connais rien, c'est un peu clair (mais pas assez pour ma petite tete de nulle en finances !) et surtout ca a l'air d'une solution sérieuse et tangible !! et pis moi je connais pas de trader, alors diviser leur salaire par 2 ou plus ...ca les fera peut-être revoir leurs horaires aussi et enfin ils auront une vie de famille : c'est la paix dans le monde et le bonheur partout !! youpi!!

Moi 17/08/2009 15:29


:)